23
déc
09

Joyeux Kwanzaa !

Ben oui, il n’y a pas que Noël en ce moment. Je côtoie actuellement des collègues qui viennent de tous les continents. Alors on placote. Les façons de célébrer Noël sont nombreuses en Occident. Les Musulmans profitent du congé pour se retrouver en famille et voyager. Les Juifs – après Hanoucca – font sensiblement la même chose. Quelques amis nettement plus bronzés que moi vont même souligner Kwanzaa, fête inventée et surtout célébrée aux États-Unis, en souvenir des origines africaines des Noirs du continent américain. Il y a bien aussi quelques Chrétiens nostalgiques qui vont aller communier jeudi soir, sans doute pour passer le temps avant d’aller manger la dinde de grand-maman.

Quant à moi, c’est un moment que j’ai envie de passer avec les femmes de ma vie. Malgré un vilain rhume, je viens de consacrer ma première journée de congé à glisser avec ma cocotte, jusqu’à épuisement mutuel. Demain, nous allons nous retrouver en famille pour partager cadeaux et bons repas.

Quand la vie est généreuse avec nous, il faut avoir la politesse de dire merci.

Alors merci.

Et un joyeux Kwanzaa, Hanoucca ou Noël ! Et une vidéo niaiseuse !

18
déc
09

L’homme de la Kaverne

2009 est une année exceptionnelle. Elle a connu le lancement du site le plus bizarre du blogokube, peuplé de bavards capables de passer d’une discussion politique nuancée à un déluge de vidéos bruyants, souvent dans le même billet ! Malgré mon manque chronique de temps – la seule chose vraiment précieuse que nous ayons et que nous gaspillons pourtant de façon éhontée – je vous propose un bilan musikal et kulturel de cette année du diable !

Le coup de poing

Sans contredit le premier album des Norvégiens de Svarttjern, Misanthropic Path Of Madness (2009). Formé de membres de Ragnarök, ce groupe reprend le flambeau du Black Metal du pays des fjords, version haineuse. Alors que les vétérans de la scène s’enfonce dans la routine (Immortal) ou la médiocrité (Gorgoroth), le quintette d’Oslo nous démontre que tout n’est pas perdu, que la Norvège peut encore secréter de grandes formations de métal sombre. Un nouvel album est d’ailleurs en cours de production. Je l’attends avec impatience, offrant des sacrifices à Belzébuth pour le remercier de m’avoir fait découvrir ce groupe.

Le coup dans l’eau

Lorsque j’ai mis la main sur le dernier album de 1349, j’ai cru à une erreur. Ce groupe norvégien a taillé sa réputation dans le roc le plus dur du Black Metal furieux, ultra rapide et malsain. Revelations Of The Black Flame (2009) promettait d’être un authentique cataclysme, ravageant tout sur son passage. Parsemé de longs (et ridicules ) passages ambiants, cet album est une vaste supercherie. C’est mou, peu inspiré et profondément chiant. L’échec de 2009, sans contredit.

Whathefuk ?

Eh bien ! Kanwulf sait-il finalement écrire des chansons ? Est-ce qu’il s’agit du même groupe qui a composé le désormais tristement célèbre Black Metal Ist Krieg, régulièrement cité comme un modèle de médiocrité ? Les Allemands de Nargaroth sont parvenus à pondre un album magnifique, Jahreszeiten (2009), un des rares titres de leur discographie qui ait trouvé grâce à mes yeux. Bâti sur le concept des saisons, l’opus est parfois hypnotisant, parfois surprenant, toujours excellent. Ma surprise de l’année.

Son suicide me laissera indifférent

Je vous en supplie, Satan, revenez chercher Sin Nanna ! Je n’en peux plus de son groupe Striborg ! Sa diarrhée musicale n’en finit plus de nous polluer. Encore deux long-jeux cette année, sans compter les splits et autres coffrets. Même mon lave-vaisselle (fièrement construit dans le Goulag soviétique au cours des années 1950) produit de plus beaux sons. Son Black Metal Ambiant totalement dénué d’inspiration, de talent et d’intérêt est une nuisance comparable à celle des insectes se multipliant dans les sous-sols. Je me propose comme exterminateur !

Les mots

Au chapitre de l’écrit, je dois souligner les textes délirants du copain DarK Rémi Of DooM, qui provoquent chez moi une saine hilarité, conjuguée à une réflexion sur la nature du mâle dans une société post-moderne, au sein de laquelle nous devons désormais nous laver. Sinon, dans mon propre répertoire de billets insignifiants, je choisis mon texte sur l’histoire du Black Metal, qui m’a pris un temps fou à écrire (alors que je n’ai justement pas de temps) mais qui m’a apporté une intense satisfaction.

Dans le rayon des commentaires, mes préférés n’ont même pas été publiés ! J’adore les délires de mes habitués, mais je prends un malin plaisir à lire les frustrés testiculaires, les idéologues en rut ou tout autre ayatollahs des causes perdues. Je souligne donc les contributions ignorées de ces quidams qui n’ont pas réussi à traverser le mur opaque de ma censure, mais qui sont tout de même parvenus à me faire rire. Je vous cite le plus récent commentaire filtré d’un masculiniste récemment échappé du zoo :

À lire vos insanités, je comprends que le fascisme est en terreau fertile au sein de la population de cancres issus de nos universités qui contaminent notre belle jeunesse avec des idées rétrogrades tout droit issues d’idéologues délirants de la trempe de François (sic) Dupuis-Déri. Le réveil n’en sera que plus brutal…

Heureusement que Falardeau est mort. Je ne suis pas sûr qu’il apprécierait que son œuvre soit pillée ainsi ! Continue le bon travail, fier masculiniste, mais prend garde, j’ai aperçu les gardiens de l’enclos des singes qui te recherchent, armés de leurs grands filets !

Les images qui parlent

Comment passer sous silence le chef-d’œuvre de Tarantino ? Inglourious Basterds est à la fois bavard et violent, un véritable monument du 7e art. Il y a trop de passages savoureux pour réussir à tous les nommer ici. Un film hommage aux westerns italiens qui ont bercé ma jeunesse. La musique de Morricone, le jeu de Brad Pitt et de Diane Kruger, les plans séquences trilingues. Jouissif.

Miam miam !

Puisque je suis un pervers tout à fait authentique, je dois absolument insérer une photo de fesses. Au cours de mes pérégrinations virtuelles nocturnes, je suis tombé sur une magnifique créature entièrement silicone free. Son enthousiasme au cours de ses performances et sa surprenante éloquence pendant ses entrevues filmées font de Tori Black ma Porn Star préférée, loin devant les bimbos écervelées et retravaillées chirurgicalement. Une femme peut avoir un corps magnifique, mais elle n’en sera pas belle pour autant. C’est le regard et le sourire qui créent la véritable beauté. Et à ce chapitre, Tori Black remporte la palme.

Bien sûr, vous souhaitez la voir en action, bande de voyeurs… c’est par ici !

Pis après ?

Ben coudonc, 2010 est à nos portes. Devrions-nous la laisser entrer ? Pourquoi pas ! Cette prochaine année sera encore meilleure ! D’un point de vue musical, de grandes choses sont à venir. J’attends toujours avec impatience la sortie de l’album métal du crooner Tom Jones et la résurrection de Valfar ! Même le nazi de Burzum, fraîchement sodomisé de prison, va bientôt nous expulser un nouvel album, que je me ferai un plaisir d’esquinter !

Plus sérieusement, ma conjointe et moi essayons de produire un nouveau petit démon, qui endiablera mes nuits déjà très courtes. Je pourrai peut-être le bercer en écoutant une berceuse de Shining.

Allez, à votre tour de relater vos souvenirs et vos espoirs !

17
déc
09

Les créatures de la nuit

Il y a beaucoup de nouveaux albums que j’aimerais critiquer et vous faire partager. Urgehal, Folkearth, Darkened Nocturn Slaughtercult, Bornholm ont tous pondu de remarquables disques… mais je travaille plus de dix heures par jour, alors bien sûr, le temps me manque. Par contre, je vous suggère de jeter une oreille attentive du plus récent rejeton des Norvégiens de Månegarm, Nattväsen (2009). À la fois grandiose et accessible, un superbe mélange de Viking, de Folk et de Black Metal. Un album remarquable. La pièce titre est un hymne authentique, un pur moment de virilité guerrière !

MÅNEGARM
13
déc
09

Crise d’urticaire

Les partys de Noël se bousculent ces temps-ci. En plus des fêtes d’enfants, il y a les inévitables rencontres de bureau. Hier soir, c’était au Capitole avec ma gang. Souper spectacle avec Véronic Dicaire offert, par mon club social.

Il s’agit du show le plus agressant auquel j’ai assisté. Et je suis amateur de concerts Black Metal !

Par où commencer ? Peut-être par une petite mise en contexte. Dicaire fait partie de la cohorte de jeunes chanteuses qui n’ont jamais vraiment réussi à percer. Quelques albums passés sous le radar, des apparitions télés comme choriste, une petite réputation dans le milieu, mais sans plus. Puis, une illumination. Puisque ses chansons ne remportent pas de succès, elle choisit d’interpréter celles des autres, en imitant leur voix. Elle ajoute également une dose d’humour potache, à travers de petits monologues moqueurs. Le spectacle s’articule entièrement autour de la chanteuse. Pas de musicien visible, seulement elle et un écran qui brille davantage que la vedette de la soirée.

L’interprétation ? Dicaire a une voix poussive, qu’elle emploie aux limites de ses capacités pulmonaires, chevrotant parfois. Les chansons ? les titres choisis sont des succès populaires, francophones et américains, interprétés pendant moins d’une minute (probablement pour ne pas avoir à payer les droits d’auteur). L’humour ? La chanteuse, qui s’improvise humoriste, raconte des blagues dignes d’une cour d’école primaire, en s’attaquant souvent à des artistes féminins remportant davantage de succès qu’elle (Marie-Chantal Toupin et Marie-Hélène Thibert, surtout). La recette de sa popularité ? Son enthousiasme, qui frôle l’hystérie. Dicaire est une hyperactive désagréable, un cas typique de TDAH. Son récent succès populaire ? Il s’explique par un besoin commun sans cesse renouvelé de divertissement, fût-il bas de gamme.

Ma conjointe et moi avons quitté au bout de 30 minutes. C’était médiocre, vulgaire et gênant. J’attribue les applaudissements nourris au vin qui coulait à flot. Un spectacle à éviter, une chanteuse à oublier.

12
déc
09

L’éthique et l’esthétique

Parmi les esprits fêlés du Black Metal, Jon Nödtveidt occupe une place à part. Leader charismatique du groupe suédois Dissection, sa vie est à l’image de son œuvre. Sataniste pratiquant, il participe au meurtre d’un homosexuel maghrébin en 1997, crime pour lequel il est condamné à 8 ans de prison. Son retour sur scène est toutefois triomphal, malgré l’accueil mitigé de son dernier album, Reinkaos (2006). Peu de temps après, Nödtveidt se suicide de façon rituelle, au centre d’un pentagramme, un manuel sataniste à la main. Bref, il n’est pas tout à fait le gendre modèle rêvé par les mamans du monde entier.

Avant l’incarcération de son chanteur, Dissection produit deux albums magnifiques, The Somberlain (1993)  et surtout, Storm Of The Lights Bane (1996), considéré encore aujourd’hui comme un des albums majeurs de la scène Black Metal.

Je me pose une question : peut-on apprécier une œuvre, même si nous sommes en désaccord avec les opinions de son auteur ? Peut-on dissocier les deux ? Une œuvre est le fruit d’un travail de création relié directement aux croyances et au vécu de son géniteur. Doit-on mépriser Picasso pour son soutien sans faille au communisme stalinien ? Doit-on mépriser la pensée de Heidegger pour ses sympathies nazies ? Doit-on vomir Louis-Ferdinand Céline pour son antisémitisme nauséabond ? Doit-on distinguer l’éthique et l’esthétique ?

Je vous laisse sur Night’s Blood, meilleur titre de Dissection, probablement une des meilleures chansons de Black Metal composées jusqu’à nos jours.

11
déc
09

Le cri

J’écris peu sur mes activités professionnelles, pour deux raisons. Je ne juge pas ce sujet très pertinent et ma position contractuelle m’oblige à taire mes activités, par respect pour mon client. Mais il m’est arrivé une mésaventure cette semaine, et je voulais la partager avec vous.

Tout d’abord, une petite mise en contexte. Mon mandat actuel est très exigeant. Ma vie électronique en souffre, comme vous pouvez le constater. Mon rythme de publication s’est effondré et je ne participe presque plus aux échanges. Mes journées débutent tôt et se terminent tard. Si je suis devant mon écran à 23h un vendredi soir, ce n’est certes pas pour aller visiter  PornTube, je peux vous l’assurer. Entre ma cinquantaine d’heures de travail hebdomadaire et mes rôles de mari et de père, je peine à retrouver mon souffle. Mais je ne m’en plains pas. Mon mandat est extrêmement stimulant, presque autant que ma vie de famille.

Jusqu’à hier, il y avait néanmoins une petite ombre à ce tableau.

Je suis en charge d’une petite équipe de suivi de projet. Je ne m’enfle pas la tête avec mes quelques responsabilités. Ma priorité demeure toujours d’être efficace et de viser la simplification des processus. Or, peu de temps après mon arrivée, on m’annonce qu’une ressource va se joindre à mon groupe. Cette personne, assez nouvellement arrivée, n’a toujours pas d’affectation. Ça tombe bien, puisque plusieurs éléments de suivi et de contrôle doivent être réalisés.

Je déchante vite.

La ressource n’a visiblement pas les capacités pour mener à bien les tâches que je veux lui confier. Je dois lui répéter plusieurs fois les mêmes choses, recommencer sans cesse mes présentations contextuelles. Je perds un temps fou à argumenter avec cette personne sur des détails très précis, alors que les considérations générales et les processus d’ensemble lui échappent totalement. Alors que le projet accuse un certain retard et que des mesures de redressement sont à prévoir, je dois me justifier d’aller trop rapidement pour quelqu’un qui refuse d’excéder ses 35h par semaine. Je ne m’étends pas sur son caractère ouvertement méprisant, sur son refus d’une quelconque marque d’autorité de ma part ou sur sa réticence à réaliser des tâches jugées indignes de son niveau professionnel.

Petite digression. J’accepte l’incompétence si ceux qui en souffrent comprennent leurs limites et ne sabotent pas les projet en prenant trop de responsabilités. J’accepte l’arrogance chez ceux qui débordent de talent, qui apportent des résultats et qui permettent au projet d’avancer. Mais la fusion de ces deux défauts m’est insupportable. À mes yeux, c’est la preuve la plus manifeste de l’imbécillité. Cet affreux mélange donne les collègues les plus irritants, ceux que tout le monde évite. Fin de la digression.

Jeudi matin, j’envoie une petit note à mon équipe avec une pièce jointe. La ressource dont je vous parle depuis tout à l’heure me répond dans la minute : je me serais trompé de fichier joint. Je réponds rapidement que je crois avoir intégré le bon document, un WORD tout simple. À peine quelques secondes plus tard, cette personne rapplique dans mon cubicule. Elle me réaffirme que je me suis trompé, visiblement très fière de m’avoir pris en défaut. En effet, il s’agissait d’une erreur de ma part. Je crée une nouvelle note, j’y joins le bon fichier, avec un mot d’excuse. Mais elle glisse, avec un mépris évident : “tu devrais lire comme il faut quand je t’écris, franchement, ça ne fait pas sérieux de te tromper comme ça !”

C’est à ce moment précis qu’une de mes synapses éclate.

Je me retourne brusquement, et je lui hurle – sur un ton qui ne laisse place à aucun équivoque – que ses remarques mesquines, elle peut se les garder ! S’ensuit une engueulade virile qui se termine par le départ de la ressource de mon bureau, avec quelques sacres bien sentis. Ma coupe était pleine de ses propos méprisants, tant envers moi qu’envers d’autres membres de l’équipe. C’est la première fois de toute ma vie professionnelle que je suis impliqué dans un tel incident. Étant incapable de continuer à travailler avec cette ressource, je mets mon supérieur devant l’alternative : il doit choisir entre nous.

Je reste. La ressource est dessaisie de tous ses dossiers. Elle est virée de l’équipe. Apparemment, ce n’est pas la première fois qu’elle est impliquée dans un tel quiproquos.

Je vous pose la question : est-ce que j’ai fait la bonne chose ? Est-ce que j’aurais dû me montrer plus patient ?

Je vous pose aussi une sous-question : pourquoi est-ce que des individus agissent comme cette ressource dans leur milieu professionnel ? Ils ne parviennent qu’à se faire détester de tous leurs collègues et se retrouvent immanquablement sans affectation, ballotés d’un emploi à l’autre. Et ils demeurent convaincus qu’au fond, ils n’y sont pour rien et que c’est toujours la faute des autres ! Dans le vaste registre des cons, ce sont les pires.

Il s’agit d’une expérience intéressante d’un point de vue de gestion, mais dont je me serais passé !

09
déc
09

You Don’t Fuck With Mortuus

Un type en g-string poilu veut faire un câlin à un chanteur de Black Metal (Mortuus, leader de Marduk). Le résultat se trouve à 1 minute 10 secondes. You Don’t Fuck With Mortuus.

07
déc
09

Le cens kaverneux

Au cours de la République romaine, l’exercice de la censure était confiée à un magistrat important. Il s’agissait d’une fonction prestigieuse. Bien sûr, cela n’avait rien à voir avec la censure moderne. Le censeur – généralement un ancien Consul – devait établir la liste des membres des principaux ordres de Rome (sénatorial et équestre) selon le revenu individuel (le cens) et une évaluation morale de chacun. Le déroulement de cette activité n’était pas toujours impartial, surtout à la fin de la République. De nombreux règlements de comptes personnels pouvaient intervenir. Auguste, censeur perpétuel au cours de son règne, punissait ses ennemis en leur retirant la dignité de sénateur, ou alors sanctionnait les comportements répréhensibles de certains chevaliers. En perdant leur statut, ces hommes risquaient aussi de perdre leur influence politique, leur fortune, voire leur vie.

La censure a fait son chemin jusqu’à l’aube de l’ère démocratique, puisque les premières élections comportaient une base censitaire (basée sur le revenu individuel). C’est la fortune qui discriminait le droit de vote. Avec l’avènement du suffrage universel, la censure est devenue une abomination, reflet d’un passé honni. On l’associe désormais à toute tentative de musèlement de l’opinion, à travers le vote ou dans la presse. D’une pratique courante et acceptée, la censure s’est métamorphosée en une créature abjecte, incompatible avec la vie contemporaine.

Pourquoi ce préambule ? Parce qu’on m’a accusé de censure cette semaine. J’ai bloqué un commentaire en modération. Je n’avais pas envie d’ouvrir ma tribune à un robot idéologiquement programmé, dont les doigts sont génétiquement modifiés pour manipuler plus rapidement le CTRL-C-CTLR-V.

Il faut exprimer un rappel utile. Le blogue n’est pas une agora. Ce n’est pas un espace public. C’est une fenêtre sur un univers privé, accessible selon certaines conditions. Voici lesquelles :

1. Les participants doivent avoir un sens de l’humour développé, tout en étant capable d’autodérision.

2. Les participants sont des relativistes. Ils ne croient pas détenir LA vérité. Ils ont des avis et des points de vue nuancés et sont capables d’évoluer, de reconnaître leurs erreurs.

3. Les participants échangent avec respect. Aucune attaque personnelle ou insidieuse n’est tolérée. Les règlements de comptes entre blogueurs sont proscrits. Pas de thèse extrémiste à défendre, pas de copier-coller d’un blogue à l’autre, marque ultime du manque de savoir-vivre électronique à mes yeux.

Alors, oui, je censure, mais à la romaine. Mon modèle est Caton, présent en illustration dans ce billet. Je m’érige en magistrat, qui seul décide qui peut intervenir dans la Kaverne. J’ai la chance de compter sur d’excellents convives qui, depuis plusieurs semaines, parviennent à respecter à merveille les conditions du cens kaverneux. Ceci témoigne de leurs grandes qualités individuelles et sociales.

Cela ne vous convient pas ? Allez vous faire foutre. Je n’ai pas de temps à perdre avec vous.

05
déc
09

Élephantiasis testiculaire

Je vous suggère des papiers parus dans le Soleil sur le phénomène marginal, mais préoccupant, des masculinistes. Ces imbéciles, qui confondent leurs testicules et leur cerveau, font de Marc Lépine un héros et traquent le féminisme dans tous les recoins.

Ils tiennent le mouvement féministe responsable de tous les maux de la société, jugent que l’homme québécois est opprimé et qualifient les chiffres sur la violence conjugale au Québec de «mensonge». Vingt ans après la tuerie de Polytechnique, les anti­féministes sont bien présents.

«Les organisations féministes avaleuses de fonds publics utilisent la tragédie de Polytechnique pour mousser leur lucrative propagande. Une question de gros sous, rien d’autre. Et rien à voir avec l’émancipation des fem­mes.» Voilà ce qu’écrit le mouvement L’après-rupture dans une lettre ouverte datée du 30 novembre.

«Gros sous», «féministes radicales qui veulent du cash», «subventions données pour des victimes inventées» : l’argent est partout dans le discours du président de L’après-rupture, Jean-Claude Boucher. Selon lui, 90  % des organismes communautaires au Québec sont pour les femmes. Un budget de 600 millions  $, soutient M.  Boucher dans un long entretien accordé au Soleil jeudi. «Il n’y a rien pour les hommes, tout est fait pour les femmes. Ces groupes vivent dans l’opulence», croit-il.

En lisant de telles énormités, j’ai honte à mon pénis. Pour ces attardés, c’est toute la révolution des mœurs qui doit être condamnée. Ils sont nostalgiques d’une époque bénie ou l’époux pouvait traiter sa femme comme de la merde, ne pas s’occuper de ses enfants, se saouler avec ses collègues après le travail et placer sa conjointe en institution psychiatrique si elle devenait trop encombrante.

Je ne suis pas toujours d’accord avec le discours féministe, mais celui-ci est porteur de progrès dans les relations hommes-femmes. Celui des masculinistes est seulement porteur de haine.

02
déc
09

Le regard lumineux

Je n’ai jamais aimé le temps des Fêtes. Depuis la fin de mon enfance jusqu’à l’âge adulte, cette période frénétique était synonyme de longs périples en voiture, de courses folles dans les magasins, de rencontres avec de la parenté totalement inconnue et du maintien d’un protocole noëlique immuable, pétrifié dans la tradition. Bref, pour le jeune ado peu sociable devenu un adulte misanthrope, cette période allait à l’encontre de mes goûts, de mes valeurs et de mes intérêts. Un véritable moment de bonheur est – à mes yeux – associé à un retrait du monde des vivants, seul ou avec ma compagne, rare personne à détenir toutes les clés de mon esprit malade.

Pour un cynique en phase terminale, Noël est la fête de l’hypocrisie et de la vulgarité. Sous couvert de bons sentiments humains et chrétiens, nous sommes matraqués de publicités et d’incitations à consommer, encore plus qu’à tout autre moment de l’année. Les dépliants commerciaux sont triplés, les magasins se bariolent de couleurs et de décorations, la musique de Noël – insipide et hautement répétitive – est omniprésente et extrêmement agressante. Et je suis pourtant  un amateur de Métal Lourd ! Bref, le temps des Fêtes représentait pour moi un moment difficile à vivre, malgré les quelques moments agréables passés en compagnie de mes seuls proches, en-dehors des activités formelles.

C’était avant Ariane.

Ma fille – comme tous les enfants du monde occidental – est fascinée par Noël. Le cynique en moi juge cela normal a priori, puisque les milliards de dollars du marketing vert et rouge leur sont expressément destinés. Mais quelque chose m’intrigue cette année. Alors qu’elle a désormais 4 ans, elle ne manifeste qu’un intérêt mitigé pour ses éventuels cadeaux. Ce n’est pas ce qui compte le plus à ses yeux. Elle me demande d’abord si nous allons fêter en famille, si elle pourra voir ses grands-parents et ses cousins. Elle accorde aussi beaucoup d’importance aux activités qui lui permettent de contribuer directement, comme monter l’arbre de Noël ou installer des décorations extérieures. Pour Ariane, le temps des Fêtes requiert un effort collectif valorisant, afin de passer un beau moment avec les personnes qui sont au centre de son univers.

Elle n’a que 4 ans. Peut-être deviendra-t-elle comme son père, blasée et cynique. Mais je ne lui souhaite pas. Je crois qu’elle a compris quelque chose que je refusais de voir. Noël n’a rien à voir avec Visa ou Mastercard. Cette Fête trouve son véritable sens dans le regard lumineux d’un enfant qui accroche sa petite décoration en papier sur une branche de sapin. Le reste n’a aucune importance.

29
nov
09

Le vol de l’alouette

Ce sont des matchs comme celui de ce soir qui explique pourquoi j’aime que le football. Quelle fin dramatique. Quel ralliement exceptionnel de l’équipe montréalaise. J’ignore si le scénario de cette finale de la Coupe Grey a été scénarisée, mais elle ressemble à s’y méprendre aux films sportifs américains ultra typiques. Sauf que c’est vrai. Les Alouettes ont connu un match atroce. Une première demie inerte, des revirements, des erreurs de débutants. Mais à la fin, on se souviendra d’un coup de pied raté, d’une punition incroyablement stupide de l’équipe des Plaines (trop de joueurs sur les unités spéciales… sans commentaire) et finalement, d’un botté final qui aurait pu envoyer le ballon sur la Lune !

Les Alouettes ont commis un vol au grand jour. Mais elles n’iront pas en prison. Ont va plutôt leur remettre un trophée.

Demain soir, la Nouvelle-Angleterre contre la Nouvelle-Orléans. J’adore le football.

28
nov
09

La rivière mystique de la sombre forêt païenne

Morigania est un groupe fascinant. Leur objectif est simple : se moquer de tous les clichés du Black Metal ! Ils y parviennent avec un talent inimitable. Leurs chansons sont d’ailleurs très bien composées ! Allez visionner toutes leurs vidéos sur YouTube. C’est absolument tordant. Parmi mes préférées, il y a The Mystic River Of The Dark Pagan Forest, qui parodie allègrement les chansons de Melodic Black Metal ! Mais surtout, regardez Morigania Ist Krieg !

27
nov
09

Kuivre !

J’aime beaucoup le groupe de Folk Black Metal hongrois Sear Bliss. Ils exécutent à merveille des compositions riches, qui allient les sonorités classiques du genre, avec un détail instrumental bien particulier. Le groupe compte une section de cuivre (du trombone entre 2000 et 2009, de la trompette depuis cette année) ! Leur album Arcane Odyssey (2007) est un excellent opus pour les amateurs à la recherche d’une expérience musicale différente. Voici une vidéo tirée de cet album, Path to the Motherland.

26
nov
09

De kessé kon kriss là ?

L’Afghanistan. Magnifique pays de poussière et de cailloux, plaque tournante du lucratif commerce du pavot et véritable auberge de jeunesse pour terroristes en formation.

Résumons avec sarcasme.

Notre gouvernement envoie de la chair à canon dans ce pays depuis bientôt huit ans. Les motifs invoqués ? Pacifier et stabiliser le pays, tout en lui inculquant les bonnes manières démocratiques occidentales. Voyons voir.

Nous apprenons, de la bouche d’un diplomate en poste là-bas pendant un an demi, que le Canada a transféré aux forces de sécurité afghanes la totalité des prisonniers capturés par notre armée. Apparemment, un séjour dans une prison de Kaboul laisse des traces (de cigarettes sur les bras, de fils électriques sur le dos, de corde sur le cou). Mais selon notre gouvernement – et son général fou Hallier – ce n’est pas vrai et le diplomate n’est qu’un sale menteur. Bien sûr ! Foutre sa carrière en l’air pour dénoncer une injustice flagrante, c’est suspect.

Le Président réélu de ce magnifique pays doit son siège à des fraudes massives et à la bienveillance des armées d’occupation. Mais ils apprennent vite, ces Afghans : comme nous, ils permettent à des morts de voter. Je suis sûr qu’Omar Bongo a exprimé son droit démocratique à Kandahar, pour le fun. Certaines régions – parmi les plus pauvres et sans véritable moyen de communications – ont même un taux de votation supérieur à 90% ! C’est remarquable et bien supérieur à nos propres taux. Curieusement, tous ces électeurs ont voté pour Hamid Karzaï. Coïncidence, sans doute.

Le port du voile intégral, interdit au lendemain de l’invasion, est à nouveau toléré, voire exigé dans les régions traditionalistes. Là encore, il faut être accommodant. Traiter une femme comme un être inférieur doit faire partie de leur culture. À force de côtoyer les forces d’occupation et d’observer nos propre mœurs, ils vont sûrement finir par nous ressembler. Et puis, l’égalité des sexes, c’est pour les riches.

Alors, nous tolérons la torture, la fraude électorale, la corruption et la misogynie. Depuis huit ans. Il me vient donc spontanément une question directe et barbare :

De kessé kon kriss là ?

Pour éliminer les forces terroristes ? elles sont plus nombreuses qu’avant. Pour empêcher les attentats en Occident ? Ce sont désormais nos soldats qui se font tuer. Pour implanter la démocratie ? Ils en ont retenu seulement la fraude et la corruption.

Assez d’hypocrisie bien pensante, assez d’illusions terribles, assez de morts pour une cause perdue. Finissons-en, avant d’y perdre ce qui nous reste d’âme et de crédibilité.

25
nov
09

Le Dubois mou

Lauberivière est une institution à Québec. Elle vient en aide aux sans-abri, en leur offrant des repas bon marché et une résidence temporaire. Comme toutes les organisations de cette nature, Lauberivière doit avoir recours à la générosité de donateurs privés, notamment grâce aux activités de sa Fondation. Dans le cadre de la campagne de financement de celle-ci, un grand spectacle bénéfice s’est tenu le 24 novembre à la salle Albert-Rousseau. La tête d’affiche de l’événement ? Claude Dubois.

J’adore ce genre de paradoxe. Un homme qui vient tout juste de défrayer les manchettes pour son comportement de vedette, méprisant le vulgus du haut de son importance, chante pour une Fondation venant en aide aux sans-abri. Ironique, non ?

Claude Dubois devrait se rendre à Lauberivière à l’heure du repas, pour une soupe chaude et un sandwich à 1.50$. Je ne crois pas qu’on lui permettrait de couper la file, ou d’obtenir un traitement de faveur.

23
nov
09

À la droite du Père

Pourquoi est-il mal vu d’être situé à droite de l’échiquier politique ? Question pertinente posée par Mario Roy aujourd’hui. La droite a des défauts, mais presque autant que la gauche. On la présente souvent de façon caricaturale, réactionnaire, raciste. Pourtant, il existe un océan de différences entre la droite modérée et les extrémistes qui haïssent la démocratie ou veulent donner un billet de retour aux immigrants.

La droite classique se méfie de l’État. Je ne lui donne pas tort, puisque je m’en méfie aussi. Il est toujours dangereux de donner trop de pouvoir à une seule organisation, fut-elle publique. La droite modérée défend les libertés individuelles, ainsi que le respect de la propriété et de l’autorité civile. Ce sont les bases mêmes de notre vie collective depuis l’avènement de la démocratie libérale. Mes divergences avec la droite sont plutôt sociales, notamment sur les questions d’identité. Sinon, je crois que le débat public aurait tout à gagner s’il pouvait compter sur une formation de droite mature et expérimentée, qui assumerait ses positions sans les noyer dans un populisme facile, typique d’un manque de rigueur politique. La gauche aussi aurait intérêt à se coltailler avec une organisation qui pourrait la défier intellectuellement. Actuellement, ses représentants s’arrogent le monopole du coeur et des idées. Je juge cela malsain.

Je me demande néanmoins comment une nouvelle formation de droite serait accueillie par la classe politique et médiatique actuelle. Le défi serait de taille et les antécédents peu glorieux. Ça prendrait des leaders solides, aptes à donner des orientations rigoureuses, compréhensibles et défendables. Bref, n’importe qui sauf la bande à Deltell. Le temps de crier au loup est révolu pour la droite. Il serait temps de proposer des solutions.

22
nov
09

Brûler dans les flammes de l’enfer

Je suis assis dans une petite salle vitrée au coin de René-Lévesque et Saint-Laurent, au 6e étage d’un hôtel. La faune nocturne de la métropole a pris possession de la ville. On y côtoie des artistes, des paumés, des prostituées. Mais tout cela ne m’impressionne pas. J’arrive tout droit de l’enfer. Le vrai. J’arrive du concert de Marduk.

Je ne vous ferai pas une critique banale de concert. Vous pouvez aller en lire sur des sites spécialisés. Je préfère vous faire part de mon expérience, celle d’un amateur complètement pété qui s’est tapé 250 kilomètres pour aller se faire arracher les oreilles dans un bar au décor post-apocalyptique.

Jusqu’au tout dernier moment, j’ai des craintes. Tout en conduisant, je me persuade que les douaniers canayens n’ont pas laissé passer le groupe, qu’il ne traversera pas la frontière. Ce ne serait pas la première fois. J’arrive aux Foufounes, anxieux. Soulagement, ils sont là. Il est 19h15 et surprise, j’ai manqué le spectacle de Merrimack ! Ils ont joué les premiers. Compte tenu de mon appréciation mitigée de leur dernier effort, je ne crois pas avoir manqué grand chose. C’est Black Anvil qui joue. Mon intérêt est limité pour le style pratiqué par le groupe. Une sorte de Thrash taillé sur mesure pour créer des mosh pits. Pas mon truc. Je vais me chercher une Heineken.

J’observe la foule. Je suis à nouveau surpris de constater une certaine parité homme – femme. Il y a enormément de demoiselles, jeunes et moins jeunes, (pas beaucoup) vêtues. Certaines sont ravissantes, ceintrées dans des costumes de cuir moulant. D’autres sont de pures rebelles, cloutées et chaussant des bottes de guerre. Certaines donnent finalement l’impression d’arriver de l’école ou du travail, avec jeans et t-shirts ordinaires. Quant aux messieurs, je constate rapidement que la soirée sera rude. De nombreux cranes rasés toisent avec mépris les quelques colorés qui se promènent dans la foule. Il y a les inévitables enthousiastes, qui hurlent à lune dès qu’une chanson prend fin. Mais l’immense majorité du public masculin me ressemble. Des amateurs, qui vont enfin pouvoir profiter du passage d’un groupe légendaire.

Se succèdent sur scèce Manic Ritual, groupe qui a probablement beaucoup écouté les premiers albums de Venom, et Nachtmystium. Je connais un peu ce groupe, dont j’ai deux albums. Leur dernier effort – Assassins : Black Meddle part I (2008) – conjugue un Black Metal à la sauce américaine avec des éléments progressifs et psychédéliques. J’étais curieux de voir le résultat sur scène. Test assez réussi. C’est un concert agréable et je tape du pied. Mais les choses sérieuses commencent au moment de la dernière note jouée par la bande à Blake Judd.

La foule se masse. Nous sommes probablement 500 personnes, chauffées à blanc. Comme d’habitude, je me positionne au centre, à environ dix mètres de la scène. À cet endroit précis, on se trouve à l’extérieur du mosh pit, mais si les choses deviennent corsées, il faut s’attendre au pire. La fumée se répand. La musique d’introduction démarre. La foule hurle à l’unisson. Morgan (guitare) monte sur scène, suivi de Mortuus (chant). Les regards sont froids. La tension est extrême. Puis retentit “With Satan And Victorious Weapon !”. Et là, les portes de l’enfer s’ouvrent. Je reçois mon premier coup dans le foie. J’en aurai plusieurs autres. Le mosh est totalement déchaîné. Des filles qui s’étaient inconsciemment placées à mes côtés se réfugient derrière moi. Je leur sers de mur protecteur pendant une heure.

La plupart de mes pièces préférées sont jouées. Blooddawn, tirée de l’album Panzer Division Marduk (1999) ; Azrael, venant de la Grande Danse Macabre (2001) ; Materialized In Stones, tirée d’Opus Nocturne (1994). Rarement j’ai assisté à un tel déluge de brutalité, autant sur scène que dans la foule. Je reçois des coups provenant de partout. Je m’y attendais. C’est le prix à payer pour être tout près de l’action. J’en perds le souffle à quelques reprises. Je me protège avec les bras, mais tel un boxeur, on ne peut pas couvrir tous les centimètres de son corps. L’estomac, la tête et les pieds sont labourés. Mais qu’importe ! Je n’assiste pas à un spectacle de ballet classique, après tout !

Les lumières écarlates baignent les yeux. Les cheveux des convives virevoltent dans tous les sens. Il règne une odeur étrange, combinant la sueur et le shampooing. J’ai chaud. Ça ruisselle dans mon dos. Au centre de l’action, la température doit avoisiner les 40 degrés. Quelques quidams se projettent dans la foule depuis la scène. D’autres essaient maladroitement de surfer sur la tête des amateurs, mais s’écroulent misérablement. Les pièces se succèdent. Je connais chaque morceau et presque toutes les paroles. La messe noire se termine avec le classique Wolves, qui permet au public de se déchaîner une dernière fois et à votre hôte de recevoir un ultime coup dans les reins.

Les lumières blanches s’allument finalement. La foule maugrée. Il n’y aura pas de rappel. Je choisis ce moment pour aller acquérir un chandail de tournée. La magnifique nymphe ténébreuse qui me tend mon item de collection fait passer mon dessin de chanteuse de Black Metal pour une petite fille sage. Des cheveux noirs comme de la suie, des piercings aux lèvres, un t-shirt coupé juste sous les seins et un magnifique tatouage de bouc qui plonge sous le nombril, jusque dans les jeans. J’en prends bonne note. De nouvelles idées de dessin émergent dans mon esprit troublé.

Je quitte les Foufs. Demain, la vie reprend son cours normal. Je vais retrouver ma famille adorée et me réinsérer dans ma pellicule de bourgeois banlieusard. Mais mon corps me promet mille douleurs. Je constate des ecchimoses sur mes avant-bras et j’ai l’impression qu’un camion m’a traversé le dos. Je n’ai plus 20 ans, mais je me fais quand même une promesse : continuer d’aller à des concerts, jusqu’à ce que je sois vieux et impotent. Pourquoi ? Pour retrouver cette énergie brute qui manque cruellement à nos vies formatées et prévisibles. Pour vivre, pendant quelques heures, une aventure extrême, qui repousse les limites de l’endurance. Parce que le Black Metal, ce n’est pas seulement des disques ou des Mp3. C’est d’abord une expérience, qui s’exprime au coeur du maëlstrom sauvage des concerts.

Cette prestation est une des meilleures que j’ai vues. Et je suis déjà prêt à retourner brûler dans les flammes de l’enfer du prochain concert.

20
nov
09

La peste de Babylone

Comme indiqué sur la petite affiche noire à la droite de l’écran, je me rends demain à Mourial en pèlerinage. En effet, je vais assister au concert de Marduk, groupe que j’affectionne depuis la fin des années 1990. Difficile de dire pourquoi, d’ailleurs. Les tueurs de Norrköping pratiquent un style direct, brutal et sans compromis. Ça va vite et ça cogne dur. Aucune subtilité, même si on détecte parfois une petite pointe d’originalité à travers un déluge compact de décibels. Alors, qu’est-ce qui peut bien attirer l’esthète du Black Metal que je prétends être dans un tel concert ? Le respect. Un immense respect pour ces vétérans, qui portent à bout de bras un style impopulaire, sans jamais avoir fait de compromis au cours de leur longue carrière. Celle-ci a d’ailleurs commencé au début des années 1990, avec le joli scandale de la pochette du EP Fuck Me Jesus (1991) que j’utilise en illustration sur le billet. Pas subtil, je vous le disais.

J’ai tenté à trois reprises d’aller les voir, mais une malédiction m’a toujours empêché d’assister aux concerts. À deux reprises, le groupe n’est pas parvenu à traverser les douanes américaines. L’ancien chanteur du groupe – Legion – avait un petit casier criminel en Suède (coups et blessures, je crois) qui l’a toujours empêché de venir répandre le mal sur nos contrées décidément trop chrétiennes. Avec l’arrivée du nouveau hurleur – Mortuus – ils ont enfin pu traverser la mare, mais alors que j’avais mon billet en 2008, j’ai dû rester à Québec pour une urgence familiale. Cette fois, c’est la bonne. J’ai mon billet, une chambre d’hôtel, une assurance en cas de blessure et une montagne d’airs lousses, fruits de mon extrême obséquiosité.

Alors rendez-vous samedi aux Foufounes électriques, où je serai sans doute le seul petit banlieusard trentenaire à travers une nuée de motards, de repris de justice et autres néo-nazis en quête de divertissement culturel. Je vous promets une critique de ce spectacle qui s’annonce mémorable, dès que j’aurai retrouvé l’ouïe. En attendant, voici un extrait d’un concert récent des Dieux de Babylone.

19
nov
09

Les flammes de l’enfer

Puisqu’il m’arrive d’avoir de la suite dans les idées, entre deux traitements d’électrochocs, voici une vidéo krappy d’un de mes groupes préférés : Urgehal. Norvégien (bien sûr), ce quatuor s’apprête à commettre son nouvel album, Ikonoklast (2010).  Je vous promets une critique dans les prochains jours, ayant réussi à mettre la main dessus récemment. En attendant, je vous offre leur meilleure pièce, un hymne universel dédié aux forces du mal : Satanic Black Metal In Hell !

18
nov
09

La Marée Noire

Le Black Metal est devenu adulte. C’est en effet au tournant des années 1990 que ce rejeton du métal lourd a poussé son premier hurlement. Beaucoup de sang a coulé sous les ponts depuis qu’une bande de paumés sans talent notoire s’est mise en tête de faire du bruit et de brûler des églises. L’histoire de ce style est assez connue, mais elle est souvent fragmentaire et variable d’un site WEB à l’autre. Je ne ferai pas œuvre d’exégète, mais j’ai envie de partager avec vous cette tranche bien crue d’histoire musicale, selon mes propres connaissances et teinté de mes inévitables sarcasmes.

La première vague (1982-1991)

Il est courant chez les amateurs d’évoquer l’histoire du Black Metal en utilisant une métaphore liquide, la vague étant sensée représenter une force destructrice et impitoyable. C’est un peu ronflant. Au cours de la décennie ‘80, il serait plus approprié de parler de frémissements. Le métal est alors surtout représenté par des groupes phares, tels que Metallica, Iron Maiden, Motörhead et quelques autres qui tiennent le flambeau, souvent à l’ombre du minable style Glam. Pourtant, c’est au début de la décennie que les Anglais de Venom posent les bases du style avec leur album judicieusement appelé Black Metal (1982). On y retrouve déjà l’essentiel des caractéristiques du métal sombre : son agressif et abrasif, thématique satanique, outrance verbale et visuelle. Pourtant, le groupe ne rayonne pas beaucoup en-dehors d’un cercle assez restreint de connaisseurs. Trop extrême pour l’époque, il souffre de la concurrence d’autres groupes plus accessibles. Sans compter que la diffusion des disques n’avait rien à voir avec les facilités de notre époque.

Parmi les quelques autres pionniers, on note le légendaire groupe suédois Bathory, qui produit quatre albums entre 1984 et 1987. Ceux-ci sont célèbres parce que Quorthon, chanteur et leader du groupe, est un des premiers a employer le chant hurlé. Toutefois, ces albums pâtissent d’un son épouvantable qui nuit grandement à leur diffusion. Blood, Fire, Death (1987) sera le chant du cygne de ces fondateurs, qui développeront ensuite d’autres styles, tels que le Viking Metal. Les Suisses de Celtic Frost complètent généralement la galerie des ancêtres du Black Metal, surtout pour leur album Into The Pandemonium (1987), qui a la particularité d’introduire un son typiquement Death Metal dans ses compositions, évolution capitale pour la suite.

Les archéologues musicaux aiment bien aussi citer King Crimson (pour le satanisme et le corpsepaint), GG Allin (pour les concerts provocateurs) ou encore des groupes de la scène Death européenne tels que Entombed ou encore Carcass (pour le son cru et lo-fi), qui auraient tous influencés de différentes manières le genre naissant. Bref, l’autel était dressé. On pouvait procéder au sacrifice.

La deuxième vague (1991-1994)

Je demeure toujours perplexe en réfléchissant à l’apparition de la deuxième vague du Black Metal. Comment une bande de gamins mal élevés des banlieues d’Oslo ont-ils pu donner naissance à un style aussi répandu aujourd’hui ? Il ne s’agissait pas de génies, ni même de musiciens talentueux. Juste une poignée de jeunes en colère qui rêvaient de mort et de destruction et qui ont choisi la musique pour exprimer leur rage.

Pourquoi la Norvège ? Il s’agit d’un mystère bien particulier pour lequel je n’ai pas de réponse définitive, seulement des hypothèses. Ce pays est profondément déprimant pour un adolescent. Il y pleut sans arrêt. Il y fait froid. Il y règne un profond conservatisme teinté de luthéranisme. L’économie y est toute entière consacrée aux matière premières ou aux services, avec un État omniprésent. Bref, la terre des fjords est un carcan étouffant pour une jeunesse en mal de défoulement. C’est dans ce paradis de la grisaille et de la brume, à la fin des années 1980, que des copains amateurs de musique ont commencé à gratter de la guitare et à taper sur des tambours.

La deuxième vague du Black Metal s’articule autour de quelques groupes qui existent toujours. Mayhem - et son leader Euromymous – est sans conteste le leader, entouré de Darkthrone, Emperor, Burzum, Immortal, Gorgoroth et quelques autres, qui se ressemblent beaucoup. Vivotant dans des petits boulots et s’organisant autour de la boutique de disques d’Euronymous, tous les membres de ces groupes rêvent de gloire et de destruction. Certains passent même aux actes. Des églises flambent en Norvège au début des années 1990. Des assassinats sont commis, le plus célèbre étant sans contredit celui d’Euronymous lui-même, poignardé par le chanteur de Burzum pour des raisons financières. D’autres scènes locales émergent, surtout en Suède (Marduk, Dark Funeral) et en Finlande (Beherit), suscitant d’innombrables querelles chauvines.

Et la musique ? Curieusement, elle semble plutôt secondaire. Cette seconde vague est surtout une une forme de réponse esthétique au Glam alors dominant. Aux allures efféminées des Mötley Crüe de l’univers, les musiciens de Black Metal opposent une allure résolument virile et morbide. Utilisation du fameux corpsepaint, de chaînes et de bracelets cloutés qui donnent l’impression d’avoir sodomisé un porc-épic avec son bras. Les concerts sont autant de provocations au bon goût, à grand renfort de sang synthétique, de têtes de cochons empalés, de cranes et de simulation de sacrifice. Quant aux compositions elles-mêmes, il s’agit d’une régression du Death Metal vers des territoires encore plus extrêmes. L’utilisation de thèmes répétitifs, l’absence de breakdowns, le chant hurlé et une production extrêmement médiocre sont autant de caractéristiques de cette période, véritable réaction envers un métal devenu trop sophistiqué. Le parallèle avec le Grunge est pertinent, puisque les deux mouvements critiquaient directement – et à la même époque – les dérives commerciales du rock et du métal.

Cette vague, comme tous les mouvements artistiques foncièrement nihilistes, s’est essoufflée rapidement. La mort pour certains, la prison pour d’autres et la professionnalisation de plusieurs ont ôté à ce maelström sa puissance chaotique initiale, tout en demeurant la référence pour tous les groupes qui ont suivi.

La marée montante (1994-1999)

À partir du milieu des années 1990, il devient plus hasardeux de parler de vague. En effet, le nombre de groupes se réclamant du Black Metal se multiplie à un rythme effréné dans toute l’Europe. Le style lui-même évolue, se scindant en plusieurs branches parfois rivales. Les Norvégiens de Dimmu Borgir et les Anglais de Cradle of Filth commettent le sacrilège (à l’époque) d’introduire des claviers dans leurs compositions. En réaction, d’autres groupes privilégient un style brutal et compact, tels que Lord Belial ou Behemoth. Mais ce qui caractérise cette période est sans conteste la diffusion du genre au-delà des petits cercles restreints d’amateurs. Les productions s’améliorent, les structures de distribution aussi. Autrefois impensables, des tournées paneuropéennes s’organisent. Des groupes sont invités aux grands festivals métal, tels que le Wacken ou le Dynamo. Le Black Metal se professionnalise. Certains diraient qu’il perd son âme si particulière, combinant la haine de la chrétienté et un nihilisme féroce.

Pourtant, cette époque voit naître les grands chef-d’œuvres du Black Metal, tels que Nightwing (1998) de Marduk, The Secrets of The Black Arts (1996) de Dark Funeral ou encore Enthrone Darkness Triumphant (1997) de Dimmu Borgir, qui connaissent tous un authentique succès, s’écoulant chacun à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Cette popularité soudaine suscite l’envie et davantage de groupe se créent, phénomène concurrent à l’apparition de l’Internet et à une augmentation stratosphérique des capacités de diffusion.

Le tsunami (1999 à nos jours)

Les dix dernières années ont prouvé que le Black Metal était devenu un style musical particulièrement fécond, engendrant une multitude infinie de sous-genres tous plus bizarres les uns que les autres. En puisant dans les sources de la deuxième vague, une horde de groupes inspirés par Burzum ont façonné le Black Metal Ambiant, dont la particularité réside dans les compositions réalisées par des comateux paraplégiques équipés de claviers Casio. Parmi le florilège de genres distincts, on retrouve aussi le Noise Black Metal, le Raw Black Metal, le War Black Metal, le Black ‘n Roll, le Vegeterian Black Metal, le Neo Classical Acoustic Gay Black Metal, etc. Il serait difficile d’en dresser un portrait exhaustif. Le Black Metal s’est métissé de toutes les manières imaginables, en raison de son attrait exercé sur toute une génération de jeunes compositeurs tentés par les sonorités extrêmes, qui explorent leurs capacités créatrices tout en se défoulant.

Il est aussi devenu impossible de comptabiliser toutes les sorties de nouveaux disques, tant celles-ci sont nombreuses. Aux vétérans des premières vagues se sont greffés une pléthore de nouvelles formations qui veulent toutes répandre la mauvaise nouvelle. Autrefois phénomène exclusivement scandinave, le Black Metal s’est internationalisé. On retrouve des groupes de Paris à Singapour, en passant par Taïwan et les États-Unis. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’un de vos voisins enregistre des démos en cachette.

Toutefois, cette médaille a aussi un revers. L’amateur est souvent découragé par la masse de musique produite. Les vaguelettes d’autrefois se sont transformées en véritables tsunamis. Et un tel cataclysme liquide charrie beaucoup d’immondices. La prolifération n’implique pas forcément la qualité. L’auditeur moyennement esthète est littéralement noyé par des torrents de groupes minables, camouflant leur plagiat et leur absence de talent derrière une production merdique, sensée être plus  “authentique”. Il faut parfois naviguer des jours entiers pour finalement aborder des disques méritant d’être écoutés. Certains se réfugient alors dans les valeurs sûres, tels que les groupes légendaires qui ont lancé le genre, mais qui font du surplace en s’autoplagiant de façon outrancière. D’autres, tels que votre hôte, continuent de sillonner les sept mers de sang à la recherche de la perle noire.

L’autre phénomène récent particulièrement irritant lié au Black Metal est incarné par les Gardiens du temple noir, véritables zélotes de la pureté, qui se répandent dans les forums, les blogues et même aux concerts. Ceux-ci, nostalgiques de la deuxième vague, s’arrogent le monopole de la vertu et décernent les étiquettes ridicules de “Trve” ou “Kvlt” aux groupes ou albums qui respectent leurs critères draconiens. Généralement composée d’adolescents frustres et impopulaires, cette engeance déplaisante n’a souvent même pas connu l’époque qu’elle vénère, étant alors aux couches ! Ils adorent les groupes aux sonorités épouvantables et permettent à Darkthrone de continuer à produire de mauvais disques. Ces insectes nuisibles minent la créativité du Black Metal, puisqu’ils encouragent (et achètent les disques) des formations qui respectent leurs préceptes. Cet immobilisme réactionnaire est une des plus navrantes conséquences de la popularité grandissante du Black Metal. Je ne compte plus le nombre de joutes verbales que j’ai engagé avec ces ignorants, véritables illettrés musicaux et artistiques, jugeant de la qualité d’un album en fonction de leur grille d’appréciation limitée et dépassée. Fuck Them.

Finalement…

Je suis un authentique passionné du métal sombre. Pourtant, mes goûts de jeune adolescent me portaient plutôt vers le Hard Rock des années 1970 ou les disques classiques de mon père. Tombé par hasard sur des cassettes de Necrophobic en 1992, littéralement envoûté, j’ai entamé une longue descente vers les abysses, qui n’est pas encore terminée aujourd’hui. J’ai écouté des centaines (voire des milliers) d’albums. J’ai assisté à des dizaines de spectacles. J’ai échangé longuement sur les forums sur les qualités de tel ou tel groupe, sur l’originalité de telle ou telle chanson. J’ai dévoré les rares ouvrages consacrés au phénomène, regardé tous les documentaires portant sur le Black Metal, acheté une grande quantité de magazines français ou américains dès qu’un de mes groupes préférés y apparaissaient.

Je n’ai pas l’impression d’avoir terminé mon voyage dans les contrées froides et lugubres du métal noir. L’esthétique si particulière de cette musique me fascine et me rejoint. Le désespoir, la rage et la souffrance sont des maux communs à toutes nos existences. Nous consacrons pourtant nos vies à masquer ces aspects sombres de nos personnalités, redoutant leur influence. Quant à moi, le Black Metal me permet d’y faire face, de transformer mes pulsions morbides en créativité. Je suis parfaitement conscient que cette musique ne peut pas plaire à tout le monde. Et c’est très bien ainsi.

Je navigue sur une marée noire à bord d’un sombre vaisseau, sans boussole ni espoir de retour. Je ne connais pas ma destination.

Mais j’adore le voyage.




Kaverne

Bandes dessinées et musique extrême sont au cœur de ce petit enfer, que je vous invite à découvrir.

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Yves sur L’homme de la Kaver…
Sombre Déréliction sur L’homme de la Kaver…
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Sombre Déréliction sur L’homme de la Kaver…
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Darwin sur L’homme de la Kaver…
Sombre Déréliction sur L’homme de la Kaver…
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Fuck Yourself

Hérétik

Quand je suis lassé d'aller hurler dans les bois, je dessine et j'écoute du Black Metal. Ce blogue est mon petit coin d'enfer.

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